VIVRE EN HARMONIE AVEC AUTRUI (18)

Poursuivons notre propos sur les attitudes sociales positives à adopter vis à vis d’autrui : après la gentillesse, la générosité et la gratitude, voyons aujourd’hui l’admiration. L’admiration est ce sentiment agréable éprouvé face à ce qui nous dépasse.

Les rapports entre l’admiration d’autrui et l’estime de soi

Pour une personne à estime de soi fragile, le sentiment d’admiration entre en concurrence avec le problème des comparaisons sociales : qu’est-ce qui fait que la confrontation à une personne va susciter chez nous admiration plutôt qu’agacement ou dévalorisation? Selon Victor Hugo : “Les méchants envient et haïssent, c’est leur façon d’admirer…”. Les sujets narcissiques préfèrent souvent admirer plutôt qu’aimer, dans leurs relations affectives. Cela peut leur occasionner quelques “ratages” dans leur vie amoureuse. Lorsqu’on a été déçu par quelqu’un qu’on a admiré, la déception engendre d’avantage de mépris que de compréhension. Par ailleurs, le désir éperdu d’admirer peut conduite à l’adulation ou au fanatisme. Mais l’admiration mature doit pouvoir se passer de l’idéalisation : on peut admirer certains attitudes d’une personne sans céder pour autant à sa liberté en tombant dans la soumission qu’engendre inévitablement l’idéalisation.

Ces précautions adoptées, les bénéfices de l’admiration sont réels : elle permet de prendre pour modèle des personnes qui ont acquis un niveau d’excellence dans un domaine qui nous tient à cœur ou qui nous est lointain ou étranger. Descartes ne disait-il pas : “l’admiration est une subite surprise de l’âme nous portant à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires”. Là encore, admirer ne signifie pas renoncer à agir, écrasé par la perfection de la personne admirée,  mais agir pour s’en rapprocher, si on le souhaite.

L’admiration est un ressort puissant qui peut nous permettre de bousculer nos idées reçues, y compris les préjugés sociaux ou raciaux. Une étude a ainsi démontré qu’en présentant à des hommes blancs des personnages noirs remarquables, on diminuait leur réflexe de préférence sociale envers eux-mêmes. Comme pour la gratitude, la pratique d’exercices d’admiration peut revêtir un grand intérêt thérapeutique pour les personnes à estime de soi fragile. Par exemple, chez les supporteurs sportifs, l’admiration et l’identification avec une équipe et ses stars produisent des effets favorables sur l’estime de soi. Mais cela peut être également valable pour des personnes “ordinaires” dans ce qu’elles font (admirer un artisan pour son habileté et la qualité de soin travail)  ou ce qu’elles sont (admirer des qualités morales discrètes). Il est ainsi recommandé de ne jamais rater l’occasion d’exercer son œil, et son esprit, à se réjouir d’admirer. Les bénéfices de l’admiration pour l’estime de soi? Disposer de modèles positifs, cultiver son humilité, améliorer ses capacités d’ouverture, ressentir des émotions positives…

Avis critiques sur les attitudes positives

Ces bons sentiments sont un idéal mais dans la réalité, la vie n’est pas si rose ! Que valent gentillesse, générosité, gratitude et admiration face aux personnes malveillantes et face à l’injustice ou la violence ? Ces attitudes ne permettent pas de les éradiquer mais de les combattre avec une efficacité certaine sur la durée. Ces attitudes n’intéresseront bien sur que des personnes de bonne volonté qui seront sensibles à leurs effets sur eux et sur le monde. Mais n’y a-t-il pas une forme d’égoïsme déguisé ? Admirer par envie d’être admirable… Certainement en partie. Mais imaginez l’horreur d’un monde dans lequel l’altruisme serait décrété ringard?

Le vrai problème n’est pas là. Il est plutôt dans le bon usage de ces attitudes car elles contiennent en elles-mêmes les possibilités de leurs propres excès et dérives. Trop de gentillesse peut ainsi conduire à de la manipulation par autrui. Trop de générosité, à se faire exploiter. Trop de gratitude, à se faire manipuler par ceux qui veulent nous maintenir dans un statut d’éternels débiteurs à leur égard. Trop d’admiration peut conduire à l’idolâtrie. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Bien souvent, le poison est la déception : on a donné, on a été déçu (voire trahi…), alors on ne donne plus. Mais en s’abstenant de donner, c’est soi-même qu’on appauvrit. Et pourquoi priver le monde de nos bienfaits alors que seul l’ingrat mérite notre mise à distance? Il convient, bien au contraire, de tenter d’autres voies pour dépasser notre déception : augmenter son discernement; s’entrainer à ne rien attendre en retour de nos attitudes positives; ne pas oublier déjà le grand bénéfice personnel qu’on en tire. Participer à sa modeste mesure à un monde meilleur…

Nous poursuivrons prochainement notre propos en réfléchissant à une question centrale : Comment trouver sa place au milieu des autres ?