intelligence émotionnelle

Réussir sa séparation

Alexandre Dumas ne disait-il pas : “La chaine du mariage est si lourde qu’il faut être deux pour la porter, parfois trois”? A quoi répond l’humour noir plus pénétrant encore de Taine : “On s’étudie trois semaines, on s’aime trois mois, on se dispute trois ans, on se tolère trente ans, et les enfants recommencent”… On a déjà glosé sur l’impermanence du couple menacé par de multiples dangers. Cette tendance lourde est constante, tant dans les années 70 déjà on estimait à seulement 10% le nombre de couple qui atteignaient un réel bonheur durable. On constate le progrès accompli depuis lors pour ne plus rester prisonnier d’un couple dysfonctionnant. Aujourd’hui, la séparation du couple provoquée par le constat de son échec, peut induire moins de souffrance que son maintient à tout prix, qui est souvent une bombe à retardement pour les enfants dans le domaine de leur construction affective. Mais pour rebondir sur les propos d’Alexandre Dumas,

La solution pour bien gérer sa séparation n’est-elle pas de se faire aider par un tiers compétent et bienveillant ?

Car au problème de la gestion des conflits à l’occasion de la séparation des couples, la loi n’envisage qu’une réponse de nature essentiellement juridique et judiciaire. Or en matière familiale, l’approche juridique est par essence insuffisante, et ce pour au moins deux raisons : La première tient au fait que la décision de justice, si elle se contente de trancher les différends qui opposent les membres du couple, n’aura pas d’incidence sur le conflit qui sous-tend la procédure. La seconde raison, induite de la première, est que le conflit ne peut être dépassé ou évité que par une approche émotionnelle de la problématique de séparation, pour ne pas dire parfois même psychologique. Car la gestion d’une séparation de couple ne peut être efficace qui si elle investit à la fois la sphère émotionnelle et juridique. Ce sont donc les deux domaines que doit investir le tiers intervenant pour aider le couple à trouver les moyens de se séparer sans heurt. Plus précisément :

L’accompagnement de la séparation doit être de nature psycho-affective avant d’être juridique

Le but de l’accompagnement des époux est de leur permettre de s’approprier les décisions à prendre dans le cadre de leur séparation en les incitant à prendre une part active à l’élaboration des modalités à mettre en œuvre. Cela passe notamment par un changement de l’image que les époux ont de leur séparation, en passant du “divorce-sanction” au “divorce-remède” à un couple qui ne fonctionne plus et peut même devenir destructeur. Il convient de favoriser la communication entre les époux pour restaurer un lien malgré la souffrance de la séparation car il est bien dans l’intérêt des époux de s’entendre, sur toutes les modalités de la séparation, qu’elles aient trait aux délicates questions d’ordre patrimonial ou aux problématiques liées aux enfants. Un tel constat nécessite un changement d’approche de la problématique de gestion des séparations de couple qui ne peut se réaliser qu’en mettant en œuvre un processus systématique de médiation préalable à la décision judiciaire.

Il s’agit de promouvoir une culture d’apaisement des conflits et de pacification des séparations, grâce à une méthode permettant le dialogue parental, via le respect mutuel et l’échange des points de vue. Il faut changer les mentalités : les époux ne doivent plus se considérer sous tutelle de leur avocat ou du juge aux affaires familiales. Ils doivent être entendus comme ayant la capacité de décider ensemble, comme ils le faisaient avant la séparation, en préservant les enfants du conflit parental. Il s’agit de préparer le terrain aux juristes en charge de la séparation (juge, avocats et notaire) afin de mettre en place un climat de nature à contribuer à l’apaisement du conflit affectif et propice à une discussion raisonnée et dépassionnée qui permettra aux époux d’élaborer sereinement les modalités de leur séparation.