DÉVELOPPER SON INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE (12)

Poursuivons notre réflexion à propos de l’intelligence émotionnelle en apprenant aujourd’hui à exprimer nos émotions. Ce n’est évident pour personne d’exprimer ses émotions et d’ailleurs très peu d’entre nous avons été éduqués dans ce sens. Nous sentons bien que nos émotions reflètent souvent notre personnalité, que nous entendons bien souvent conserver dans notre sphère intime. Mais ce faisant, nous nous empêchons nous-même de nous libérer de notre système de croyance qui nous inhibe et de nous enrichir de nouvelles expériences.  D’où l’importance de trouver le courage nécessaire pour accueillir ses émotions, véritable mine d’informations sur nous-même, pour ne pas répéter inlassablement nos expériences douloureuses et polluer inutilement  notre personnalité.

Apprendre à s’affirmer … sans s’imposer

M’accepter tel que je suis est la clé de la réussite pour renforcer mon estime de moi et ma confiance en moi et pacifier mon rapport à l’autre surtout si je cesse de projeter sur lui mes à priori. Apprendre à s’affirmer commence par ne plus cacher ses émotions, assumer ce qu’on pense et ce qu’on ressent. C’est apprendre à les observer de manière objective, profonde et courageuse. A cet effet, il convient d’établir des relations authentiques avec toutes les parties de moi-même qui constituent ma personnalité (cf cercles concentriques : au centre moi-même, puis autour mon caractère puis ma personnalité). Et en agissant de même avec autrui, je vais différencier la personne qui est face à moi de sa personnalité. Je vais distinguer ce qui vient en réaction à un élément extérieur de ce qui vient d’elle-même, en étant attentif à son niveau de spontanéité ou de contrôle.

S’affirmer en présence d’une personne, ce n’est pas seulement prendre la parole devant elle, c’est également la laisser s’exprimer! L’affirmation de soi doit s’inscrire dans une relation bilatérale (et non dans un monologue). Une introspection peut être utile dans mon affirmation : regarder à l’intérieur de moi ne prend que quelques instants et me fait gagner un temps précieux dans la qualité de la communication et de la relation à autrui.

Les quatre stades de l’affirmation de soi à travers une situation où l’autre m’ignore :

  • L’accueillir avec bienveillance : J’observe sans juger et je fais appel à mon intuition naturelle. Je reste neutre, dans une totale réceptivité, disponible à l’accueil de la sensation émotionnelle que le contact avec l’autre provoque chez moi.
  • Prendre soin de cette part de moi qui se sent rejeté : par réflexe, une partie de moi veut cataloguer l’autre ou le condamner. Mais je vais prendre soin de me demander ce qui se passe chez l’autre : quelle est la partie de sa personnalité qui semble me repousser? Est-il en colère, distrait? A-t-il des difficultés dans sa vie? Est-il habitué à d’autres codes sociaux que moi?
  • Communiquer à l’autre mes points de vue : Je lui exprime mes sentiments, le mal-être que son attitude provoque chez moi, mes difficultés à établir une relation authentique avec lui. Ainsi m’exposer me demande beaucoup de courage mais c’est un risque mesuré si je sais rester dans une relation de sincérité.  En fait tout dépend à quel point la situation m’impacte. Sur une échelle de 1 à 10, si on est entre 2 et 3, je peux rester moi-même, accueillir ce qui se passe en moi et ce qui se passe chez l’autre. Entre 5 et 6, cela devient plus difficile. Je dois identifier cette partie de moi qui se sent attaquée. C’est une magnifique occasion pour apprendre à mieux me connaître et m’adapter à cette nouvelle situation. J’essaie de le faire après coup, dès que j’ai un moment disponible pour “débriefer”.  Si je suis entre 8 et 9 sur l’échelle d’impact, je suis submergé par la situation. Je suis persuadé que l’autre agit délibérément pour me nuire. Je ne peux que couper court à la situation et être à l’écoute attentive de mes émotions pour capter le maximum d’information sur ce que la situation dit de moi à ce moment-là. Je reviendrai calmement plus tard sur ce que j’ai ressenti pour analyser mes émotions.
  • Dire à autrui ce que je perçois de son propre vécu : Il est important que j’accepte l’éventualité que je me trompe sur l’analyse de la situation ou que mon interlocuteur ne soit pas prêt à attendre ce que j’ai à lui dire !… Je vais donc l’interroger sur la cause de son attitude mais il est impératif que je me mette dans une position d’écoute inconditionnelle. Je ne dois ajuster ma réaction qu’en fonction de ma perception de la qualité relationnelle en faisant confiance à mon instinct. Je dois vérifier préalablement que c’est bien moi qui m’exprime et non une seule partie de ma personnalité.

Nous poursuivrons notre réflexion sur l’expression de nos émotions en nous intéressant à la flexibilité émotionnelle et à la gestion de la colère.