intelligence émotionnelle

La victoire de la victime sur le pervers (1)

La victime, après avoir été manipulée et abusée, peut reprendre la main et enfin vaincre le pervers. Nous allons aborder aujourd’hui l’effondrement du pervers avant de se demander s’il peut guérir.

L’effondrement du pervers

La victime, par sa révolte, par sa fuite ou par son opposition, surprend le pervers à tel point qu’elle le déstabilise littéralement. Il ne maîtrise plus sa proie et n’a plus d’emprise sur elle, ses stratagèmes sont inopérants. Il est alors confronté à une intolérable et insoupçonnée impuissance qui lui fait entrevoir un deuil impensable.  Il va alors redoubler de perversité en jetant ses dernières forces dans la bataille. Ses ultimes impostures vont s’incarner en vain dans des figures de compassion (en inventant des maladies soudaines incurables), de sens du devoir, d’apitoiements, ou d’ultimes menaces et chantages (au suicide principalement) qu’il ne mettra jamais en œuvre.

Si la victime ne cède pas et maintient sa posture de rupture, le pervers va littéralement s’effondrer car il n’existe que par le mal qu’il fait subir à son souffre-douleur. Il va être rattrapé par ses démons : l’angoisse, la peur du vide, la dépression narcissique. Sans sa drogue, le sevrage brutal est insupportable. Le pervers s’effondre littéralement pendant un temps plus ou moins long mais la chute est vertigineuse… jusqu’à ce qu’il reprenne espoir en investissant une nouvelle proie. Seule la consultation d’un psychiatre pourrait l’en empêcher mais il est incapable de se remettre en cause : c’est un prédateur pathologique.

Pour les pervers narcissiques à structure dominante narcissique, ils peuvent se détacher de leur victime très rapidement, après un court moment de sidération. Dès qu’ils ont réalisé que la partie est finie pour eux, ils passent littéralement à autre chose, sans un seul regard en arrière, déjà avides d’une nouvelle drogue. Au fil des années, ces pervers vont devenir de moins en moins dangereux pour les autres mais vont retourner leur perversité contre eux-mêmes, devenant généralement hypocondriaques. Ils ne trouvent en effet plus que ce moyen détourné pour qu’on s’occupe d’eux, fatiguant les médecins avec des maladies imaginaires, les méprisant pour leur incapacité à les soigner…

La guérison du pervers ?

Le pronostic de guérison du pervers-narcissique à prédominance perverse demeure sombre car il ne s’agit pas de soigner un symptôme mais une organisation mentale : la structure psychique. Par ailleurs, le patient est imperméable à toute morale, à tout jugement et est incapable d’empathie. Seule compte son image. Qui plus est, sa personnalité est rigide, hermétique, archaïque et donc peu malléable. Enfin, pour guérir encore faut-il accepter le fait d’être malade, or le pervers se voit tout puissant et est incapable de s’abandonner sincèrement à autrui pour se remettre en question. Le pervers ne peut se plier à une discipline qu’il n’a pas lui-même instaurée. D’autre part, toute réflexion sur soi exige une curiosité, une appétence pour la vérité, une faculté d’introspection et d’humilité pour dénoncer sa souffrance, mettre en mot la conflictualité : tout un programme très peu accessible ! Le fonctionnement interne du pervers est en totale opposition avec une logique thérapeutique : la présence même d’un thérapeute à ses côté est déjà un affront !

Il arrive qu’il y ait un bref moment d’accessibilité à une thérapie : lorsque le pervers tombe en dépression à cause de la perte de sa proie, et à condition qu’il en fasse lui-même la demande. Il lui faudrait alors un psychiatre hors du commun pour ne pas se laisser embarquer dans le machiavélisme caractérisant le patient. Si le surgissement d’un sentiment d’angoisse le pousse à se livrer un peu, il reprend vite le dessus pour tenter de manipuler le thérapeute. Ce dernier serait vite poussé à un poste de voyeur ou bien bousculé pour inverser les rôles. Il devra alors redoubler de vigilance, confronté à un individu envahi de penchants pernicieux incontrôlés et savoir, avec humilité, prendre le risque de se confronter à ses propres limites.

Nous poursuivons prochainement la description des étapes menant la victime à la victoire en nous intéressant plus précisément au redressement de la victime.