Le processus d’asservissement du pervers narcissique (7)

Poursuivons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant aujourd’hui à

La disqualification des faits par le pervers-narcissique

La victime d’un pervers rédacteur en chef d’un journal jouait aves ses collègues à un drôle de jeu en partant du postulat suivant : quand elle suggérait un article, il était systématiquement rejeté. Quelques temps après, si le même article était suggéré par un collègue, le pervers l’acceptait! Quand ses collègues voulaient à tout prix ne pas couvrir un sujet, ils savaient ce qu’il leur rester à faire : il suffisait de le faire proposer par la victime au pervers! Cela marchait à tous les coups! Cela montre que le pervers est dans une certaine mesure prévisible. A propos de son souffre-douleur, le pervers n’hésitait pas à dire qu’elle était “une mauvaise plume” et qu’il la gardait par charité. Disqualifier sa victime en lui retirant toutes ses qualités, est l’un des outils favoris du harceleur. Il insiste sournoisement sur sa nullité, son inutilité; ce travail de sape finit d’avoir raison de la confiance en elle de la victime qui finit pas douter d’elle-même et par se dénigrer elle-même.

Un autre jeu que nous avons déjà abordé : la calomnie. Le pervers souffle le vent de la rumeur avec des jugements définitifs, suffisamment flous pour qu’aucun rachat ne soit possible. Après sa rupture, la victime mettra du temps avant de se reconstruire une image valorisante d’elle-même, s’en voulant de s’être laissé autant salir et dévaloriser.

Le détournement des circonstances par le pervers-narcissique

Le pervers organise une mise en scène machiavélique pour faire craquer sa victime. Il croit pouvoir ainsi justifier ses propres actes malhonnêtes et dévaloriser celle qui se débat pour rétablir la vérité. Il va ainsi chercher à se faire passer lui-même pour la victime d’une femme autoritaire et castratrice. Le pervers est capable de dévoyer les objectifs d’une réunion de travail, d’un regroupement de membres de la famille ou d’amis de la victime en vue d’une “mise au point”, ou encore d’un rendez-vous amoureux en vue de nourrir ses propres projets ou de se dérober d’une confrontation désagréable. Longtemps la victime va se penser bête, ne comprenant pas les propos de son compagnon, jusqu’au jour où elle va justement se rendre compte que les propos n’ont tout simplement aucun sens! Le pervers se complait à mettre en place une rhétorique bizarre, le plus éloigné possible du sens commun.

L’art du pervers-narcissique pour manier la rhétorique

Le pervers va user et abuser d’un art consommé de la rhétorique, dont il manie instinctivement les artifices. Les figures de styles sont utilisées sans vergogne, contribuant à l’opacité de ses propos ou lui assurant un effet de séduction assumé. Cette grandiloquence et cette virtuosité orale sont mises au service de la sidération légitime de l’auditoire. Le pervers va ainsi utiliser indistinctement : l’antiphrase (“Quelle forme superbe!”), l’amphigouri (propos incompréhensibles), l’apostrophe ridicule (“Ô beauté fatale” adressée à la compagne éreintée), le néologisme (le pervers adore inventer de nouveaux mots et leur donner le sens qui l’arrange), la circonlocution (assortir ses propos d’un verbiage lourd et inutile), l’hyperbole (“tu es magnifiquement et délicieusement belle”), la métaphore (“ma pauvre fille, à toi toute seule tu portes toute la misère du monde”), la métonymie (“je te couvre de lauriers que tu transformes en fumier!”), la synecdoque (extension ou restriction du sens des mots : “Mon amie, je vais tenter de faire abstraction de ton postérieur généreux”), l’oxymore (expression verbale identique à une double contrainte avec des mots de sens opposés : “magnifique crétine”), le pléonasme (pour insister : “je ne veux pas que nous communiquions ensemble”), le prolepse (prévoir une objection et la réfuter à l’avance : “tu dois me croire car il serait trop long de te le démontrer et tu ne comprendrais certainement pas”), la prosopopée (faire parler les objets ou les animaux : “même ta chaise hurle de douleur quand tu t’assois!”),  la réticence (effet d’insistance par le silence, le blanc qui dure indéfiniment s’il sent l’angoisse s’emparer de sa victime car en temps normal il déteste le silence), la prétérition (parler d’une chose en prétendant qu’on ne veut pas l’évoquer : “Et encore je ne parle pas de la façon dont tu tiens la maison!”).

Nous poursuivrons prochainement notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant au jargon, à l’induction et à la captation d’intérêt.