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Le processus d’asservissement du pervers narcissique (6)

Poursuivrons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant à son comportement non verbal, à l’isolement qu’il impose à sa victime et à l’emprise qu’il exerce sur elle.

Le comportement non verbal du pervers-narcissique avec sa victime

Le langage non verbal représente 80% de la communication : mimiques, haussements d’épaules, soupirs excédés, silences méprisants,… L’écoute active employée lors de la phase de séduction laisse la place à l’écoute aversive : le pervers regarde ailleurs quand on lui parle ou fait autre chose. Il feint de ne pas entendre, presque de ne pas être là tellement il est indifférent à vous. Il prend un air absorbé par ce qu’il fait ou par ce à quoi il pense. Il s’agit de laisser libre cours à son mépris muet, à sa volonté de faire réaliser à l’autre qu’il est inintéressant, inconséquent, inutile, inexistant. Ses yeux peuvent paraître vides, inexpressifs et traverser son interlocuteur sans le voir.

Contrôler l’autre avec les yeux, lui donner des ordres, le fusiller du regard, chercher à le perturber sont autant d’attitudes courantes chez un pervers. L’expression de son visage appuie ces divers regards, parfois agrémentés de moues plus ou moins flatteuses. Ses attitudes corporelles, fréquemment désynchronisées, laissent l’interlocuteur dubitatif. Des paroles aimables peuvent être assorties de sourires narquois et de froncements de sourcils inquiétants. Ainsi, un chef de service pervers convoque son souffre-douleur dans son bureau puis fait comme s’il était seul, ignorant sa présence,  téléphonant, écrivant sur son ordinateur. La personne finit par partir et s’entend dire à voix très basse, par exemple : “Elle va bien finir par ce casser cette conne”.

Ce que recherche à éviter à tout prix le manipulateur est de se dévoiler ou de donner la moindre occasion d’emprise à son interlocuteur. L’agresseur peut rester muet et fuyant devant les reproches et les demandes d’explication. Au mieux, il va lever les yeux au ciel, maigre consolation pour l’interlocuteur qui, à défaut de réponse, s’évertuera à y voir un signe de réception de son message (il se réjouira déjà de ne pas avoir été ignoré!).

L’isolement que le pervers-narcissique impose à sa victime : diviser pour mieux régner !

Isoler sa victime est une stratégie mise en place par le pervers pour renforcer son emprise dans le but de la déstabiliser pour mieux la soumettre et à terme parvenir à sa maîtrise complète. Ces isolements renforcent la difficulté à penser et à réagir, d’autant que l’entourage a tendance à ne pas vouloir intervenir et à se voiler la face pour ne pas déranger un ordre établi : personne n’aime le messager porteur de mal-être et de mauvaises nouvelles. Par ailleurs, le pervers met en place parallèlement un cloisonnement de ses propres relations également, afin d’éviter qu’une personne ne recoupe ses mensonges ou ne se ligue contre lui. Sa hantise est qu’on partage dans son dos des ressentis négatifs à son encontre, ou pire qu’on décide de le dénoncer. Enfin, la victime a tendance à s’isoler elle-même, dans un silence coupable. Sa destruction sournoise engendre une perte de repère, un mélange de sentiments et d’émotions qui l’emprisonne. Sa complainte la confronterait au  jugement négatif de son entourage. La suite ne lui donnera d’ailleurs pas forcément tord lorsqu’elle en viendra à solliciter des témoignages, pour se défendre en justice par exemple. La rupture avec l’entourage s’explique donc de différentes façons. Le pervers, adulte capricieux, revendique de toute façon d’être l’unique centre d’intérêt.

Cet état de fait a une double conséquence : la victime espère en recevoir des gratifications et cela lui permet d’éviter les regards externes désapprobateurs sur sa difficulté à gérer ce lien démentiel et d’être confronté à un dilemme impossible. L’isolement est également la conséquence de l’acharnement du pervers à détruire tout lien, dont l’idée même le révulse. Personne ne résiste : relations familiales, amicales, professionnelles, sociales même (médecin, prêtre, …). En fait sont écartées toutes les personnes connaissant la victime, susceptibles de se rendre compte des changements opérés et de vouloir lui venir en aide en provoquant une prise de conscience.

L’emprise que le pervers-narcissique exerce sur sa victime

Sans scrupule aucun, le pervers va accuser son souffre-douleur de tous les maux, même de fautes imaginaires. C’est une véritable entreprise d’asservissement qui ne fait que se renforcer dès que la victime tente d’y échapper car cela ne va que décupler encore l’acharnement du prédateur qui devient obstiné et redoutable. La victime se sent prise au piège dans un engrenage fatal. On peut distinguer trois actions spécifiques mises en place : l’appropriation par dépossession de l’autre, la domination de l’autre en le maintenant dans un état de soumission et de dépendance et enfin l’emprunte psychique sur l’autre laissant dans son esprit une trace indélébile de l’emprise. Par ces trois démarches cumulées, le pervers parvient à prendre toutes les forces de l’autre, à se l’accaparer complètement. Cela répond au besoin vital du prédateur d’externaliser le mal qui le ronge.  Mais paradoxalement l’acharnement du pervers peut mettre son entreprise macabre en péril car la victime étant consciente qu’elle ne parvient plus à raisonner normalement, à trouver les répartis aux délires du pervers, va penser qu’elle vit un dérèglement mental ou psychique qui va l’amener à consulter un thérapeute.

Nous poursuivrons prochainement l’étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers en nous intéressant à d’autres techniques mises en œuvre comme chosifier la victime ou susciter chez elle des envies, tout en niant les envies ou les dégoûts exprimés par elle.