Le processus d’asservissement du pervers narcissique (5)

Poursuivons notre étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant aujourd’hui aux techniques suivantes :  jargon, induction, captation d’intérêt et d’idée.

Le jargon utilisé par le pervers pour impressionner sa victime

Le jargon crypté dévalorise le non-initié. Il est utilisé comme un langage confus, étranger. C’est une arme blanche pour dévaloriser son interlocuteur. L’utilisation de théories complexes, de mots savants et techniques tend à vouloir impressionner en imposant un ascendant. Elle s’apparente en fait à une véritable imposture. Les connaissances sont confisquées pour servir les intentions du pervers. Les domaines investis sont divers : littérature, histoire, philosophie, cinéma, musique, opéra : rien ne résiste à ses détournements au profit de démonstrations improbables et … imparables.

L’induction utilisée par le pervers pour manipuler sa victime

Le pervers prend un grand soin à ne pas montrer ses réelles émotions, qu’il maitrise mal et dont il craint qu’elles  le trahissent. Il tient autrui à l’écart de son image réelle et du terrible vide qui le caractérise et qu’il tente de dissimuler. Lorsqu’il a une idée précise, il pratique l’induction en suggérant des idées et en provoquant des sentiments, des réactions, des attitudes ou des inhibitions. Ces suggestions fonctionnent facilement sur des victimes perméables car sous le charme. Il énonce ainsi des informations présentées comme universellement connues :”untel (particulièrement apprécié par la victime) est un abruti, tout le monde le sait”. C’est sans appel, définitif, non discutable : “Comment peux-tu estimer Gérard, toi si intelligente?”  La victime en vient à protéger ceux qu’elle aime en ne parlant pas positivement d’eux et en les voyant en cachette.

Une des techniques utilisées par le pervers consiste également à utiliser des intermédiaires pour donner du crédit à ses affirmations, sans donner la possibilité à son interlocuteur la possibilité de vérifier l’information auprès du tiers en question : ” Je sais que tu me trompes, tu étais dans un café avec un homme, un ami t’a vu. Je ne peux pas te dire de qui il s’agit car je lui ai promis de ne pas le dévoiler”. C’est donc invérifiable! L’appel à une autre personne est un excellent moyen pour installer le doute et favoriser l’émergence d’un état hypnotique qui facilitera encore le conditionnement de la victime pour la faire douter d’elle-même. Le pervers va également bien entendu prêcher le faux pour savoir le vrai…

La captation d’intérêt que le pervers fait subir à sa victime

Le pervers doit être la star, le centre d’intérêt. Il sait retenir l’attention en jouant sur l’intonation de sa voix, son volume fréquemment inadapté, son timbre modulé, tantôt aigu, métallique ou strident pour envahir le récepteur d’un malaise. Un pervers tenant une réunion peut ainsi passer inopinément de paroles chuchotées à peine audibles à un mutisme méprisant ou encore à des aboiements continus…

La captation des idées de la victime par le pervers

Afin de combler la terrifiante vacuité qui le caractérise, le pervers use et abuse de manœuvres pour capter les idées des autres, et de sa victime en premier lieu. Le pervers est une éponge sèche, prête à absorber tout ce qui peut le remplir. Combien de collaborateurs se sont plaints de leur supérieur hiérarchique qui s’était approprié un projet intéressant? Le pervers utilise des conversations qu’il a eues avec sa victime, à propos de lecture par exemple, pour se les réapproprier au moment voulu afin de briller en société. La victime se sent sucée de sa substance, comme vampirisée. Le pervers peut également s’approprier les actions des autres, et leurs résultats positifs. Ce comportement se remarque d’avantage dans le monde du travail.

En revanche, quand des problèmes apparaissent de son fait, il cherche à se décharger sur les autres de la responsabilité de ses échecs. Cette attitude est facilitée par le fait qu’il prend peu de décision, préférant rester en retrait et se montrer laconique et flou,  se débrouillant avec subtilité pour pousser quelqu’un à trancher à sa place. Il lui sera alors aisé de rejeter la faute sur ce courageux. S’il se retrouve coincé, il trouvera une pirouette pour fuir ses engagements et nier ses implications.

Proche de la captation d’idée, il utilise également un procédé consistant à nommer les intentions de l’autre ou ses opinions cachées : le pervers vous fait croire qu’il sait mieux que vous ce que vous pensez! Il pourra ainsi prédire les futurs actes de sa victime, dont il prétend connaître l’intention avant elle ! Bien sûr, de préférence, ces prévisions annonceront des agissements immoraux, illégaux, violents et honteux.

Nous poursuivrons prochainement l’étude des moyens d’asservissement utilisés par le pervers, en nous intéressant à son comportement non verbal, à l’isolement qu’il impose à sa victime et à l’emprise qu’il exerce sur elle.