Pervers : se libérer de son emprise (7)

Achevons la description des moyens de libération de la victime en évoquant l’inertie, la fuite, la création et l’attaque.

L’inertie

Avant de mettre en place la séparation physique d’avec le bourreau, des obstacles doivent être surmontés. Les circonstances rendant le départ difficile ne manquent pas : de nature juridique, quand le pervers harceleur agit dans le milieu professionnel (le droit du travail impose un lien de subordination aux supérieurs hiérarchiques) ou personnel (le mariage implique une obligation de cohabitation). Difficulté de nature affective et psychologique également : le pervers a organisé votre dépendance. Le temps d’organiser sa fuite, il est urgent de se protéger en évitant les confrontations quitte à prétexter des obligations professionnelles (surcharge de travail) ou familiales (obligation de se rendre au chevet d’une tante malade),…

Lorsque la confrontation avec le pervers ne peut être évitée, des parades peuvent facilement être mises en place : rester calme, tenir un discours simple et s’y tenir sans tomber dans le piège de la discussion sans fin, de la justification ou de la provocation; au besoin faire le mort; résister à l’arme ultime du pervers qui sent sa victime lui échapper : l’apitoiement et le chantage (au suicide notamment, auquel on ne portera aucun crédit, le pervers étant tétanisé à l’idée de mourir est incapable de se donner la mort).

La fuite

La fuite est la seule alternative offerte à la victime pour s’extraire de ce processus macabre d’asservissement dans lequel le pervers l’a entraînée. C’est la seule solution pour faire cesser le calvaire qu’elle endure. Et contrairement à ce que l’on peut penser si l’on ignore ce par quoi passe la victime, la fuite n’est pas un acte de lâcheté, mais plutôt un acte de courage. Concrètement, cette dérobade n’est envisageable par la victime que lorsqu’elle arrive au stade salutaire de renoncement à décrypter son bourreau, après avoir tenté en vain des parades intelligentes pour tenter de rationaliser la situation : en réalité, ce que fait le pervers n’a pas de sens car sa pensée est inhumaine et pathologique, elle est inaccessible à la compréhension de son souffre-douleur. Par ailleurs, la mise en place de techniques de contre-manipulation, seule défense pour amoindrir les effets dévastateurs de l’entreprise funeste du pervers, ne fait qu’entraîner la victime dans une propre perversion inutile car sans effet sur celle du pervers. En revanche, plus tard, il sera salutaire pour la victime d’essayer de comprendre les raisons pour lesquelles elle s’est fait prendre au piège pour assumer sa part de responsabilité dans cette rencontre désastreuse.

Une fois la décision de fuir prise, le passage à l’acte est difficile pour la victime en raison de l’état d’inertie dans lequel elle a été plongée. Dans une situation de couple, les vies entremêlées ne rendent que la rupture plus lourde de conséquence, surtout si les protagonistes sont engagés dans les liens du mariage, d’où l’intérêt de consulter des spécialistes de la séparation de couple ayant une approche transverse de la question, comme le rédacteur de ses lignes par exemple. La victime, installée dans une situation d’isolement et de dépendance matérielle, a fort à faire pour organiser une vie sans son bourreau. A ce stade, il ne faut pas hésiter à faire comprendre sa détermination au pervers, qui, s’il voit que sa proie lui a échappé et que son emprise a cessé, s’effondrera et se montrera ainsi beaucoup moins menaçant. La fuite doit donc être organisée pour être définitive. La victime doit trouver un refuge le plus accueillant possible, un lieu rassurant, hors d’atteinte du manipulateur, emprunt de douceur et de réconfort : famille, ami(e), association spécialisée. La clé de la réussite : être devenu hermétique aux cirènes du bourreau.

La créativité

L’esprit créatif est d’une ressource très utile pour faire échec à une des armes préférées du pervers : la double contrainte. La parade est le recadrage par une appréciation de la situation à un autre niveau. Pour prendre de la hauteur, la créativité et l’humour sont d’un recours précieux. La métacommunication est un bon exemple de détournement de la conversation : elle consiste à communiquer, non plus sur le contenu de ce qui est dit mais sur la forme. Exemple avec une attitude contradictoire du pervers qui se plaint d’être triste en arborant un visage radieux : “Ce sont deux messages contradictoires, lequel dois-je prendre en compte ?; Es-tu conscient de l’incohérence chronique existant entre ton discours et ta gestuelle ou ton attitude comportementale ?”. Bien sûr, le pervers va comme d’habitude essayer de s’en sortir en renversant la situation par une pirouette dont il  a le secret. Il faudra alors tenir bon en ressassant toujours le même argument ou en le battant avec une des propres armes : la fuite ou la diversion. Communiquer sur l’absurde de la situation est une façon de la dépasser en déstabilisant l’adversaire. Les avantages sont multiples : rendre le pervers responsable de l’incohérence de son attitude, rompre le cercle infernal de la justification, rendre un peu plus logique une situation saugrenue, et surtout permettre à la victime de reprendre la main.

L’attaque

Face à un pervers-narcissique à dominance perverse, la fuite ne suffit malheureusement pas. Son but étant de vous détruire, il va falloir se défendre et même contre-attaquer. Il faut bien évidemment s’entourer de personnes à même de vous épauler : associations spécialisées, avocats, coach en divorce (le rédacteur de ces lignes par exemple), médecin de famille ou du travail, policiers, délégués du personnel, autant de personnes à même de vous soutenir moralement et matériellement et de vous guider parmi les démarches à entreprendre. Si passer à la contre-attaque demande une énergie importante et du courage, cela permet à la victime de sortir de la léthargie et d’entreprendre une action salutaire qui va la mettre en confiance.

Avec l’effondrement du pervers, on se rend vite compte que la victoire totale est à porter de main. C’est la dernière étape de notre série sur le pervers, que nous entamerons très prochainement.