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Pervers narcissique : Comment se libérer de son emprise (6)

Poursuivons la description du processus de libération de la victime d’un pervers narcissique en décrivant l’effet “triple peine” subi par la victime, ainsi que la difficulté de trouver des témoins et de récolter des preuves.

L’effet “triple peine” subi par la victime du pervers

Dans le parcours du combattant qu’affronte la victime pour se libérer de l’emprise d’un pervers figure le sentiment d’une “triple peine” : souffrir d’une séparation amoureuse, devoir se reconstruire psychiquement et dans des conditions matérielles bien souvent moins confortables. Le bourreau ne pouvant se passer de sa proie, c’est à la victime de faire la démarche de rompre et ce faisant elle est trois fois “punie” : elle est effondrée par l’échec de son couple, avec les conséquences physiques et psychologiques dévastatrices qui s’en suivent; elle doit généralement quitter son domicile qu’elle a souvent été la seule à aménager (le pervers étant imperméable à toute idée de “nid douillet”) et changer ses habitudes quotidiennes pour faire ses courses, changer de médecin, de réseau de loisirs. Cerise sur le “gâteau” : les difficultés financières, le pervers s’étant généralement ingénié à la rendre financièrement dépendante de lui pour mieux l’asservir. Dans le milieu du travail, quitter le pervers signifie souvent ne plus avoir de travail, et donc de salaire, et être privé de ce lien social si important au moment où il serait justement si utile pour aider la victime à se re-socialiser.

La difficulté de trouver des témoins pour la victime du pervers

Le pervers étant habile pour ne pas se faire démasquer, il agit la plupart du temps très discrètement, de préférence quand il est seul avec sa proie, pour éviter tout risque de témoignage à son encontre. L’isolement fait de toute façon partie intégrante de la stratégie d’asservissement. Mais la recherche de témoignage est rendue d’autant plus difficile que le mécanisme dominant dans les relations de la victime est le déni. Dans le milieu du travail, l’acte de témoignage est également rendu difficile par l’effet de groupe évoqué précédemment. Pour certains, le rôle de la victime est de rester discret sur ce qu’elle endure pour ne pas remettre en question l’équilibre du groupe. Elle a donc le devoir de se taire. Ce qui n’est pas dit n’existe pas. Comment en effet demander à un collègue de risquer sa place? Regarder ailleurs les protège des agissements en réprimande du pervers et leur permet d’éviter de se confronter à leur conscience ; nier leur lâcheté est plus facile.

Pour les proches de la victime, il peut être préférable de lui dire qu’on compatit mais qu’on ne peut rien faire : c’est un moindre mal dans le sens où cette attitude n’est pas un déni de la souffrance et du bien-fondé des actions de la victime. Cet appel à témoins a donc plus de chance d’être fructueux auprès d’amis très proches ou, au contraire, de personnes plus éloignées du cercle rapproché mais qui auraient pu assister à des scènes démontrant sans équivoque les agissements pervers du manipulateur (une vendeuse dans une boutique par exemple). La recherche de témoins a une double vertu : permettre de démasquer l’imposteur et conforter la victime dans son mouvement de réaction de défense en la convaincant que des gens sensés la croient et peuvent l’aider efficacement en rendant public ce qu’elle a vécu.

La difficulté de récolter des preuves pour la victime du pervers

En famille, en couple ou au travail, le recueil de preuve de la maltraitance morale est primordiale, avec le double effet positif de nourrir une éventuelle procédure judiciaire et d’aider la victime à sortir de l’anesthésie dans laquelle elle a été plongée. En fait de preuve, tout y passe : enregistrements, écrits (lettres, mails, SMS, …), témoignages, messages téléphoniques. Cette étape de recherche d’éléments probants est également souvent l’occasion d’instaurer une nouvelle communication avec le pervers, en reformulant ce qui a été subi, en lui montrant qu’il a perdu son ascendant, que son avis ne compte plus, que ses manipulations ne fonctionnent plus, que la confiance n’est plus de mise…

Nous achèverons prochainement la description des moyens de libération de la victime en évoquant la fuite, l’inertie, la création et l’attaque.