Pervers narcissique : Comment se libérer de son emprise (5)

Poursuivons la description du processus de libération de la victime d’un pervers narcissique en abordant la délicate question de la reprise des relations avec les tiers.

L’attitude à adopter par le tiers à qui la victime de pervers narcissique va confier le récit de sa mésaventure

S’extraire de la réclusion requiert le concours bienveillant d’un proche, sans jugement, non culpabilisant mais qui doit en aucun cas adopter une attitude neutre vis à vis de l’agresseur. Il est primordial que ce tiers prenne fait et cause pour la personne manipulée, afin de l’aider dans un premier temps à s’inscrire dans un statut de victime. Elle a en effet besoin d’être rassurée sur son état mental; il lui faut s’entendre dire qu’elle a été abusée par un manipulateur et qu’elle n’est pas folle. Ce tiers doit être en mesure d’apporter des solutions concrètes à court terme en gérant les faits et les souffrances par un discours rassurant et déculpabilisant et de faire entrevoir la possibilité d’un dépassement de la douleur et même la guérison à plus long terme. On aide la victime en lui démontrant deux choses : qu’elle a été abusée à son insu et qu’elle a la capacité de se soustraire de cette situation d’emprise en se mettant à l’abris des agissements de son tortionnaire.

Comprendre les réactions de son environnement

Sortir de l’isolement permet de reprendre contact avec d’anciennes connaissances plus ou moins lointaines. Il peut être difficile d’avoir à se justifier d’une mise à distance vis à vis de personnes qui se sont senties abandonnées ou qui avaient vu clair dans le jeu du pervers mais n’ont pas été entendues. La victime peut aussi être déstabilisée par la réaction consistant à ne pas vouloir s’impliquer dans une histoire de couple, renvoyant dos à dos les torts du pervers et de la victime qui s’est laissée manipuler. La personne abusée ayant besoin d’être reconnue dans son statut de victime, elle évitera de tomber dans le piège de la justification vis à vis de personnes incapables de s’impliquer et se retranchant derrière des “cela ne nous regarde pas; on est pas dans l’intimité du couple, ce n’est que ta version des choses,…”, ce qui n’a pour effet que de rendre la victime encore plus penaude et confuse dans ses explications. Le plus simple est parfois de renouer des liens uniquement avec des personnes du passé n’étant pas elles-mêmes dans un ressentiment négatif vis à vis de la victime et capables d’avoir la réaction adéquate. Le tri à faire dans les relations sera vite effectué. Il est par ailleurs salutaire de tisser de nouveaux liens avec des inconnus, en participant à de nouvelles activités par exemple.

La réaction du voisinage, plus ou moins témoins et complices, est également intéressante à analyser. Le voisinage aurait ainsi une zone psychique incapable de concevoir l’accomplissement en acte de son fantasme refoulé. En d’autres termes, même si la stupeur et la répulsion sont spontanées, chacun est inconsciemment fasciné et paralysé par le pervers qui exécute les pulsions interdites, que la plupart des gens, “simplement  névrosés”, rejettent avec embarras et vigueur. Qui n’a jamais imaginé pouvoir s’imposer physiquement ou psychiquement à une personne qui nous résiste en lui mettant des battons dans les roues (voisin, chef hiérarchique, représentants de l’ordre, huissier, juge, policier,…) ? Cette “tache aveugle” n’excuse pas amis et collègues devenus, par inertie ou par lâcheté, les complices du bourreau. Après coup, il peut être nécessaire de recouvrer la vue et la mémoire, sous peine de non assistance à personne en danger. Pas évident quand le pervers est le chef de service à qui on doit respect et obéissance…

Comprendre les réactions de groupe

L’adhésion à un groupe, quel qu’il soit, implique des alliances inconscientes entre ses membres, des liens collectifs non explicites, souvent indéchiffrables, dont la fonction principale est de défendre l’unité du cercle relationnel. Ces liens préviennent toute querelle ou opposition. Ce sont des règles non écrites dont le but est d’assurer la pérennité du groupe en évitant l’expression des éléments antagonistes. Dès l’annonce de son départ dans le but de fuir l’influence du pervers, sans le vouloir la victime met en danger l’harmonie du groupe; elle devient l’élément perturbateur. Inconsciemment, les autres membres du groupe vont faire corps, allant jusqu’à dénier toute perte du fait du départ de la victime afin d’éviter toute confrontation à la cause de son départ et au deuil qui en résulte. L’alliance doit perdurer à tout prix, grâce à son contrat tacite qui fonctionne sur le principe de solidarité de la majorité. Comme on dit, “les absents ont toujours tort”. Tout est bon pour légitimer l’existence du groupe, toute remise en cause est impossible. On préfère ne rien dire, ne rien voir et ne rien entendre plutôt que de prendre le risque de fragiliser le groupe et de se retrouver seul.

Mais allons plus loin dans l’analyse : Qu’est-ce qui légitime d’être aussi imperméable à la détresse d’une personne qu’on a côtoyée et appréciée aussi longtemps? L’appartenance au groupe est en fait aliénante, défensive et pathogène. La protection du groupe implique à titre individuel des trahisons singulières, une complicité immorale, une tolérance indigne. Certains vont même jusqu’à penser que les femmes sont des victimes culturellement légitimées, signifiant dans l’inconscient collectif que la souffrance d’exclusion d’une femme serait plus banale que celle de l’homme plus naturellement vu comme le détenteur du pouvoir. Ce type de raisonnement fait écho à la conception d’une société machiste et rétrograde dans laquelle le rôle de la femme serait d’endurer sans se plaindre les excès de l’homme en échange de sa protection : “Effectivement ton mari n’est pas toujours facile à vivre mais tu dois quand-même avoir ta part de responsabilité et comme il a le pouvoir et l’argent, comment feras-tu sans lui ? “. Heureusement que la prestation compensatoire a été inventée pour libérer la femme de l’emprise économique et mentale de l’homme !

Nous poursuivrons prochainement la description du parcours du combattant que doit endurer la victime pour se libérer.