intelligence émotionnelle

Pervers narcissique : Comment se libérer de son emprise (4)

Poursuivons l’analyse de la libération de la victime d’un pervers en étudiant les contre-techniques qu’elle peut mettre en place pour reprendre l’ascendant. La victime est enfin sortie de sa léthargie; elle sait que le couple n’a plus de chance d’être sauvé et que la seule chose à faire est de quitter son compagnon pour tenter de survivre à l’enfer dans lequel il l’a précipitée. Mais comment s’y prendre quand on est sonné par une anesthésie psychologique? Des contre-techniques existent pour reprendre l’ascendant sur la situation. Nous analyserons aujourd’hui comment dialoguer avec un pervers (ou plus exactement la façon de gérer un “dialogue de fou”) et comment sortir du ressentiment et de l’isolement.

Dialogue avec le pervers – narcissique : négociation impossible

La perversion qui caractérise le sujet pervers empêche tout tentative de dialogue sain et de négociation à l’amiable. Par définition, le but du pervers est de nuire à sa victime, surtout s’il comprend qu’il a été démasqué et que son “petit jeu” ne prend plus. Il y a un risque d’escalade, la victime devenant elle-même perverse pour se défendre des assauts du sadique. Un engrenage dangereux se met alors en place, ce qui fait jubiler le pervers qui se réjouit d’avoir atteint son but. La discussion est inutile, tenter de le raisonner ou de lui faire entendre raison est une entreprise vaine. Comme le terroriste, le pervers cherche à instiller un sentiment de peur dans le but de faire perdre ses moyens à sa proie. Dans ce combat, les dés sont pipés; celui qui lutte loyalement a perdu d’avance car pour son adversaire tous les coups sont permis.

Sortir du ressentiment contre le pervers

La proie du pervers peut parvenir à un sentiment d’enfermement psychique extrême car la relation vénéneuse qu’on lui inflige peut lui donner l’impression d’un court-circuit dans son cerveau. Les prises de conscience s’accompagnent nécessairement de ruminations psychologiques. La victime ressasse continuellement le fil de sa triste mésaventure, essayant de comprendre pourquoi ses mécanismes de défense naturelle n’ont pas fonctionné. Se mêlent alors les sentiments d’injustice, de haine et d’aigreur. Les remords envahissants, les désillusions enferment la victime dans un passé continuellement revisité. Ces émotions destructrices la maintiennent dans une spirale négative, auto-hypnotique, de mal-être constant qui empêche l’ouverture salutaire aux autres et la propension à réagir, occultant l’avenir à cour terme.

Sortir du ressentiment est un véritable challenge car paradoxalement il est sain de se révolter contre ce qu’on a subi injustement. Ce ressentiment est nécessaire pour permettre à la victime de se débarrasser définitivement de l’emprise psychique que le pervers exerce sur elle : l’idole autoproclamé tombe de son piédestal. Mais, même si cette étape est salutaire, car balayer d’un revers de main les rancœurs risque de fragiliser la libération psychique de la victime, l’enjeu est de ne pas rester trop longtemps dans cette étape intermédiaire du processus de libération. Ainsi, est-il nécessaire de reconnaître que ce personnage maléfique est atteint d’une grave maladie, en acceptant son incapacité à lui venir en aide car le pervers bien souvent a lui-même également été victime d’un autre bourreau.

Sortir de l’isolement dans lequel le pervers a installé sa proie

L’étape intermédiaire du ressentiment permet à la victime de sortir de l’anesthésie dans laquelle l’a plongée le pervers. L’entourage des amis peut être d’un grand secours, par exemple pour resocialiser la victime ou lui éviter de tomber dans le piège de la haine qui est un sentiment néfaste de nature à continuer à l’abîmer la encore : on ne peut haïr un malade… On quitte progressivement le huit-clos qu’a mis en place le pervers pour isoler et mieux influencer encore sa victime, pour garder le contrôle sur elle et éviter qu’avec du recul ou une aide extérieure elle ne prenne conscience de la manipulation dont elle est l’objet; huit-clos d’autant mieux accepté par la victime qu’il symbolise la fusion tant désirée par elle. Demander de l’aide participe d’une démarche saine de la victime pour affronter la réalité en se donnant les moyens de ne pas se perdre dans l’irrationnel. Solliciter l’assistance d’une personne extérieure au couple maléfique est un premier acte initiatique de libération qui participe à cette prise de recul salutaire pour la victime qui s’est perdue dans les injonctions imposées par son compagnon en étant incapable d’identifier et d’exprimer ses propres besoins. Le rédacteur de ces lignes a de nombreux clients en couple qui viennent ainsi le consulter pour organiser la séparation délicate à mettre en œuvre.

Nous poursuivrons prochainement le processus de libération de la victime du pervers en abordant la délicate question de la reprise des relations avec les tiers.