libération du pervers

Pervers narcissique : Comment se libérer de son emprise (3)

Achevons la description de cette étape salutaire de prise de conscience permettant à la victime de passer à l’action pour se libérer de l’emprise du pervers. La victime parvient à se libérer psychiquement, notamment en prenant conscience du décalage temporel qu’elle a avec le pervers et de l’importance qu’elle revêt dans la vie de ce dernier. Mais la clé de la libération reste le facteur déclenchant.

Prendre conscience du décalage temporel entre le pervers et la victime

La victime a sans cesse un coup de retard dans le jeu du pervers car sa propre notion de temps est complètement faussée. Mais sa lutte pour se libérer doit passer par cette autre prise de conscience. Les conséquences de ce décalage sont multiples : le manipulateur s’arrange pour ne pas être pris sur le fait afin de prendre plus facilement sa proie à revers (“C’est maintenant que tu réagis?”). Le but est de faire porter la discussion sur le décalage en faisant croire qu’on perd la notion du temps, afin d’éclipser une confrontation sur le fond. Le pervers sait mettre la pression sur sa proie pour lui faire prendre des décisions dans l’empressement, comme si l’enjeu était presque vital. Le délai de réaction s’amplifie avec l’effet de surprise, indispensable dans la stratégie de déstabilisation. Elle fragilise la victime, mettant à mal sa logique et l’empêchant d’avoir une réaction adéquate. Elle perd progressivement la notion du temps.

Aussi, une fois mis en place le processus de libération, la victime va être incapable d’évaluer le temps nécessaire à la phase de reconstruction. Le développement de mécanismes de survie pour résister aux sévices psychiques la maintient dans un espèce de monde parallèle flou, plus ou moins irréel. Elle croit à tort qu’il va lui falloir simplement le décider pour faire cesser ses tourments. Cette lenteur lui est d’ailleurs souvent reprochée car il arrive que ce couple morbide dure pendant des années. Dans les cas les plus graves, la victime est tellement abîmée psychiquement qu’elle croit ne plus avoir droit à la dignité, que son environnement est condamné à être plus ou moins hostile à son égard. Elle se sent démunie pour vivre sans l’emprise de son compagnon, ne sachant plus vivre autrement et étant persuadée que changer son compagnon est le seul pouvoir qui lui reste, même si elle pressent que ce n’est qu’un mirage.

Prendre conscience du fait que le pervers est en fait complètement dépendant de la victime

Le plus dépendant des deux n’est pas celui qu’on croit : le pervers ne peut pas vivre sans sa drogue qui est son souffre-douleur. Et ce même s’il s’est ingénié à faire croire qu’il est devenu indispensable! Un des petits “trucs” pour commencer à sortir de l’emprise du pervers est de se réinvestir dans un hobby qui nous tenait à cœur avant la rencontre fatidique et qu’on a dû abandonner pour être complètement disponible. En agissant de la sorte, on a tout à gagner : prendre de la distance avec son persécuteur et diminuer son emprise, se “resociabiliser” en se reconnectant à sa personnalité propre. Une victime a ainsi raconté qu’elle s’était réinscrite à un cour de salsa que son compagnon ne supportait pas (il est vrai que cette danse très sensuelle est peu compatible avec son besoin irrépréhensible de se sentir l’unique objet de désir de sa proie). A sa grande stupéfaction, il avait fini par assister à ce cours, ce qui avait permis à la victime de réaliser qu’il ne pouvait pas se passer d’elle.

Réaliser la dépendance du pervers permet à la victime d’inverser les rôles dominant/dominé. Cela l’aidera à se détacher du souvenir d’un bonheur parfait qui n’était qu’un stratagème pour l’asservir. Une autre victime racontait que son compagnon insomniaque lui avait avoué attendre qu’elle se réveille pour avoir le sentiment de revivre. Au début de la relation, la victime avait été touchée par la “candeur” de ce sentiment. En réalité, il est littéralement “accroc”. Il s’ensuit que les victimes se sentent souvent épiées, devant s’entretenir au téléphone pendant la journée de travail, le pervers n’ayant pas la patience d’attendre le soir pour avoir le récit de la journée de leur compagne.

Le facteur déclenchant le travail de libération de la victime

La victime est en général à l’initiative de la rupture. Le facteur déclenchant est différent à chaque situation, dépendant des personnalités en présence, du degré d’asservissement auquel le pervers est parvenu à mettre sa victime, du niveau de souffrance, de la durée du calvaire, de la sphère concernée (personnelle ou professionnelle), des dégâts collatéraux causés (rupture avec les collègues dans le travail, tensions ou éloignement avec la famille ou les enfants), de l’état physique et psychique au moment de la rencontre malheureuse. Quoi qu’il en soit, il n’est jamais trop tard, même si les dégâts ne doivent pas être sous-estimés.

Une étape cruciale est le renoncement à sauver son bourreau. Il faut commencer à faire le deuil de la relation idéalisée et accepter la maladie de l’autre.  Si une procédure judiciaire est nécessaire, devant les prud’hommes ou le juge aux affaires familiales, le comportement destructeur du pervers aidera la victime à réaliser à qui elle avait à faire. La mise en place d’un accompagnement adapté par un professionnel spécialisé comme le rédacteur de ses lignes est d’un grand secours pour mettre les choses à distance. Il arrive que le facteur déclenchant ne soit pas très important, c’est juste la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une mise en garde néanmoins : si l’emprise dure trop longtemps, un phénomène de mimétisme peut se mettre en place : la victime devient encore plus vicieuse que son pervers, s’identifiant à son agresseur, elle tente de le surpasser en cruauté, se vengeant sur les autres de ses propres déconvenues.

Nous analyserons prochainement les contre-techniques que la victime peut mettre en place contre le pervers pour s’en libérer.