intelligence emotionnelle

Les différents cycles de l’amour ou l’amour dans tous ses états

L’amour suit un processus qui connait plusieurs phases, dans lesquelles les sentiments des protagonistes l’un pour l’autre évoluent drastiquement jusqu’à potentiellement finir par une prison infernale d’amour et de haine de laquelle on n’arrive plus à sortir. Analysons comment on peut en arriver là !

La première phase : la passion

Dans la première phase, qui caractérise les plaisirs du commencement, les amoureux s’enferment dans l’illusion d’une fusion, dans un cocon coupé des réalités du monde. La moindre séparation est une réelle souffrance et les retrouvailles peuvent donner lieu à de véritables orgies. L’être aimé est complètement idéalisé, il donne sens à ma vie, me comprend, anticipe le moindre de mes désirs et me comble au-delà de mes espérances. C’est la phase délicieuse d’adoration réciproque et de fusion dans laquelle le couple fait front face au reste du monde incapable de comprendre ce qu’ils vivent.

La seconde phase : la désillusion

Nécessaire dans le cycle de vie des couples, la phase de la passion s’achève par un moment de déception qui va provoquer une phase de désillusion. Ce qui était imaginairement attendu de l’autre est contredit par l’épreuve de la réalité : l’autre n’est pas toujours disponible ni soutenant.

La différence de l’autre qui me saute au visage va bientôt expliquer mes déceptions, mon chagrin, voire ma colère : “Me serais-je trompé à ce point ? L’autre tel que je l’ai imaginé n’est-il finalement qu’une illusion de mon esprit” ? La perte de cet idéal illusoire provoque immanquablement un immense dépit teinté de rancune, de sorte qu’en fonction de l’équilibre psychique de chaque protagoniste, ce qui succède à la phase de désillusion peut être plus ou moins violent.

La troisième phase peut revêtir de multiples visages

Quatre réactions différentes peuvent alors succéder à la phase de désillusion : de la plus sage à la plus destructrice :

  • 1/ La rupture : l’autre est tenu pour responsable de la sortie brutale de la phase d’idéalisation dans une incapacité à prendre sa propre part de responsabilité dans le fait que le rêve éveillé a tourné au cauchemar. Le sujet peut alors faire subir à un nouveau partenaire ce que le précédant lui a fait endurer à moins que dans une dynamique plus mature le sujet prenne en compte les pièges de l’illusion de fusion première pour mieux choisir son nouveau partenaire et tenter d’apprendre de ses mésaventures pour ne pas répéter inlassablement les mêmes erreurs. Heureusement pour nous, cette réaction pleine de sagesse et de bon sens est très commune.
  • 2/ A défaut de rupture, la seconde phase de désillusion peut déboucher sur la naissance d’un trio : le partenaire originel est conservé mais comme simple substitut parental investi de tendresse, tandis que l’investissement passionnel se déplace sur une tierce-personne dont l’existence est généralement cachée : l’amant ou la maitresse. L’apparition d’un tiers peut indifféremment sauver ou finir d’achever le couple initial.
  • 3/ Troisième alternative : chaque partenaire va déplacer à l’extérieur du couple une bonne partie de ses investissements : chacun investit et cultive ses intérêts personnels tout en restant disponible et attentif à l’autre. La tendresse survit alors à la passion et à la désillusion. On peut alors même se mettre à aimer les différences de l’autre dans la reconnaissance de sa singularité.
  • 4/ La désillusion peut enfin déboucher sur une prison infernale d’amour et de haine de laquelle on n’arrive plus à sortir : les scènes de ménage compulsives deviennent alors de façon pathétique le ciment du couple, uni dans la haine ! Dans ces expériences renouvelées d’incompréhension mutuelle, le but premier est de rendre l’autre coupable de la mésentente et de lui faire payer en le faisant souffrir le plus possible, jusqu’à la réconciliation. Véritable folie à deux impliquant une joute verbale en jeu de miroirs où personne ne souhaite faire un pas de côté pour l’autre écouter de façon réfléchie et trouver une issue raisonnable au conflit. La scène de ménage devient la perversion d’une séance de psychanalyse dans laquelle on ne s’entend plus que sur une seule chose : ne pas s’entendre ! Une temporalité propre marque le discours teinté de “toujours” et de “jamais”, adverbes s’inscrivant dans une temporalité infinie dans laquelle se complaisent les protagonistes pour se détester et se venger l’un de l’autre de leur malheur réciproque. On ne fera pas le cadeau à l’autre de le quitter puisqu’on doit lui faire expier sa faute de nous faire endurer une dépendance exclusive et jalouse en le faisant souffrir toujours et encore. Après avoir été fou d’amour, on devient fou de haine, où comment vivre de façon malsaine toutes les facettes de l’amour, y compris les plus destructrices.