Le processus d’asservissement du pervers narcissique (9)

Nous achevons aujourd’hui de passer en revue les principales techniques de manipulation du pervers en pointant : la culpabilité, l’utilisation de l’argent, la perversion de l’intimité, la victimisation et l’utilisation des tiers.

La culpabilité mise en place par le pervers

La culpabilité ressentie par la victime est d’autant plus oppressante qu’elle en ignore la cause réelle. Elle ne sait pas de quoi elle est accusée mais se trouve peu à peu envahie d’une souffrance qui n’est pas la sienne, qui ne la concerne pas et qui ne fait pas sens pour elle. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive, ignorant comment s’en défendre et démunie pour faire cesser l’étreinte en résultant. Elle ne sait pas d’avantage comment réparer sa faute, puisqu’elle n’est pas désignée. La victime s’épuise à trouver des solutions aux contraintes imposées par le pervers qui s’empresse de les rejeter en y prenant un malin plaisir. La culpabilité peut également être induite de cadeaux empoisonnés : “Je me faisais un plaisir d’être invité mais je ne vais pas pouvoir y aller, à cause de toi”; “j’étais crevé en sortant du travail mais j’ai quand-même pris le temps de …(faire quelque chose d’utile ou de plaisant pour la victime)”, ou encore “Je suis rentré plus tôt alors que j’avais du travail pour que tu ne sois pas seule trop longtemps,…”.

L’utilisation de l’argent par le pervers

L’argent est un puissant levier d’asservissement utilisé par le pervers. Il va faire en sorte que sa victime soit dépendante de lui financièrement, en la persuadant d’arrêter de travailler si elle a une activité professionnelle. Il va ensuite faire preuve d’une pingrerie redoutable, et ce tout en revendiquant être d’une grande générosité! S’il lui arrive de devoir donner de l’argent à sa victime, cela ne passe pas inaperçu et elle a intérêt à lui manifester beaucoup de reconnaissance. Ce qu’il préfère est d’user de l’arme de la culpabilité en faisant croire qu’il se prive pour assouvir les désirs de l’autre.

L’argent a en effet une symbolique de puissance très forte. Il représente la force, le pouvoir, la sécurité, la protection, la puissance. Le pervers ne peut se passer de cet allier indispensable pour affaiblir, dominer, insécuriser, harceler, que ce soit dans la sphère familiale ou professionnelle. C’est un puissant faire-valoir narcissique qui lui permet d’imposer aux autres respect et admiration. Cela ne gène pas le pervers, de pousser sa victime à arrêter de travailler et de lui reprocher de dépendre de lui financièrement. Enfin, le rapport vicié du pervers avec l’argent le pousse dans des comportements extrêmes, que ce soit en faisant preuve d’une grande avarice ou au contraire d’une dilapidation indécente, de grandes tricheries, de gigantesques escroqueries, avec parfois un goût prononcé pour les jeux de hasard…

La perversion de l’intimité avec sa victime

L’intimité est le lieu idéal pour pervertir discrètement… Dans ce domaine, les sévices perpétrés sont généralement plutôt feutrés. Peu de victimes témoignent de la perversion dont elles ont fait l’objet dans ce domaine. Une femme a raconté que son compagnon refusant de la satisfaire préférant s’occuper de lui tout seul, l’a amené consulté un sexothérapeute. Rien n’y a fait de sorte que l’épouse a fini par faire chambre à part, ce qui s’est révélé le déclencheur de sa libération…

La sexualité de ces prédateurs peut être réduite à une fonction biologique, au même titre que dormir, boire, manger…, ce qui peut être une façon pratique de montrer à l’autre qu’il ne compte pas. Il se peut également que ce moment d’intimité soit mis à profit pour pervertir le lien amoureux du couple en suscitant le désir du partenaire pour se soustraire ensuite à ses invitations et accroître ainsi sa frustration, en l’humiliant sous couvert de tenter de nouvelles expériences…, en l’accusant d’être trop ou pas assez en demande, en s’excusant avec malignité pour sa maladresse ou une “panne” inopinée…, en reprochant à l’autre de ne pas avoir anticipé ses désirs, en faisant subir à l’autre un geste qu’il n’apprécie pas faignant de ne pas le savoir, en tenant des propos obscènes à l’égard de son partenaire,… Dans ce domaine également, le puissant moteur de dégradation est la haine qui se traduit par la transformation de l’autre en fétiche, la partenaire devenant un objet utilitaire, au sens propre du terme, un sex toy méprisé.

La victimisation du pervers

Se faire passer pour une victime est une des astuces utilisées par le pervers pour retomber sur ses pattes lorsqu’il est dans une situation inconfortable. Le cocktail qu’il met en place de mauvaise foi, de mensonges et son art de la comédie l’aident à provoquer un sentiment de compassion à son égard par l’entourage. Tout est ainsi monté en épingle : accident, maladie, risque de maladie, licenciement, procès,… Dans un divorce, c’est forcément la victime incomprise d’un conjoint indélicat, voire profiteur. Il est tellement convaincant qu’il ne manque pas de rallier à sa cause toute personne susceptible de le servir dans le cadre de la procédure. Pour peu qu’il occupe un poste de pouvoir, il n’aura aucun mal à susciter des témoignages allant dans son sens ou de nature à discréditer la partie adverse. En présence d’enfants, la victimisation du prédateur peut avoir des conséquences dramatiques, les enfants étant allègrement utilisés pour nuire à l’autre et faire souffrir. Les nefants fragilisés par la situation de rupture des parents sont d’autant plus facilement manipulables.

L’utilisation des tiers par le pervers

Le pervers a le chic de faire intervenir un tiers pour faire tourner la situation à son avantage, sans que la présence du tiers soit d’ailleurs forcément requise… Les dégâts sont impressionnants que ce soit dans la sphère conjugale ou professionnelle. L’arrivée d’un pervers dans un groupe, quel qu’il soit, est toujours préjudiciable à l’harmonie qui y régnait. Rapidement, un malaise s’installe et des tensions surviennent. Il excelle dans l’art de monter les uns contre les autres, de faire et défaire les alliances, de provoquer des rivalités, d’attiser des jalousies,…   L’idéal étant d’utiliser une personne pour en détruire une autre et de se délecter du spectacle… Diviser pour mieux régner, telle est sa devise. Il sait utiliser les autres pour faire réaliser ses basses besognes. Pourtant sa singularité fait qu’en son absence, il est souvent le centre des discussions. Son ombre plane comme une menace…

Nous sommes arrivés au terme de la description des caractéristiques des personnalités en présence. Nous allons maintenant pouvoir aborder les moyens que va pouvoir utiliser la victime pour s’affranchir de l’ emprise qu’exerce sur elle le pervers.