Le processus de médiation

La médiation est un des modes de règlement amiable des conflits. Il consiste en un processus précis de communication géré par le médiateur, dont le rôle est parfois difficile à cerner : tiers indépendant tenu à la confidentialité, il n’est ni juge, ni arbitre, ni psychologue, ni expert. Mais favorisant le dialogue entre les parties, il leur permet de trouver par elles-mêmes un accord au litige qui les oppose.

Les objectifs poursuivis par la médiation

La médiation s’inscrit d’abord dans une volonté d’alternative au recours à la justice, dans le but de limiter l’engorgement des tribunaux pour réserver l’intervention du juge aux contentieux les plus complexes.

Elle s’inscrit également dans une recherche de restauration du lien social, de dialogue, d’apaisement du conflit entre les parties et de pacification de leurs relations, dans le présent et si possible à l’avenir.

Un des buts affichés de la médiation est ainsi de contribuer à la paix sociale, reposant sur la confiance dans la capacité de chacun à trouver des solutions au litige les opposant par le dialogue et la compréhension mutuelle.

Le cadre de la mise en œuvre de la médiation

Le processus consiste essentiellement en un travail du médiateur avec les personnes sur ce qui les oppose. Derrière le litige, qui sera éventuellement soumis au juge pour qu’il le tranche si la médiation échoue, se trouve le conflit, moins apparent car de nature souvent psycho-affective, impliquant une imbrication de non-dits et de malentendus.

La médiation intervient souvent dans le cadre de conflits entre individus qui ont besoin de poursuivre une relation la plus stable possible, bien que distendue. C’est la raison pour laquelle son cadre d’intervention est souvent le cercle familial dans lequel les conflits entre proches n’en sont que plus âpres. Comme le disait Racine : ” Lui qui me fut si cher, et qui m’a pu trahir, Ah, je l’ai trop aimé pour ne point le haïr.” Souvent, la résolution du litige est-elle liée à la prise de conscience du conflit et de ses implications.

Il est vrai que la procédure judiciaire suit sa propre logique, en réduisant bien souvent la réalité vécue à ses propres aspects juridiques. La majeure partie du conflit échappe généralement au juge, rarement formé en psychologie et dont le rôle n’est malheureusement qu’à s’en tenir au droit, ce qui explique que souvent le résultat d’un procès ne fait qu’exacerber encore un peu plus le conflit.

A contrario, le but de la médiation n’est pas de trouver à tout prix une solution d’accord au conflit; il est des hypothèses dans lesquelles les parties sont allées trop loin et dans ces cas, la justice doit passer. D’ailleurs, l’expression de mode amiable de résolution du conflit peut être remplie de trop de promesses, laissant entendre que toutes les causes du conflit seront supprimées alors que le rôle du médiateur est d’accompagner le différent sans prétendre forcément le résoudre, participant à lever des zones d’ombre, à clarifier les malentendus, à faire émerger les non-dits, les intérêts souvent divergents et les valeurs des protagonistes. La médiation n’est pas une promesse de fin de conflit; elle s’inscrit plus modestement dans une recherche de reprise de dialogue et d’apaisement.

Le déroulement du processus de médiation

La médiation répond à un processus codifié, structuré, par lequel va se dérouler un cheminement spécifique qui permet de travailler les causes du différend pour conduire les parties d’une situation où tout dialogue est rompu, à une situation où elles sont de nouveau en mesure de se parler, de négocier pour aboutir à une solution acceptable par tous, dans laquelle idéalement personne ne perd la face.

Le processus de médiation se déroule ainsi en deux grandes étapes :

  • La première va du passé au présent : chacun va exprimer sa version des faits. Cette exploration du passé exige une écoute réciproque dans le but de permettre à chacun de comprendre (sans forcément accepter) ce qui est important pour l’autre. Le rôle du médiateur est ici de favoriser un climat d’écoute réciproque, avec notamment recours à la technique de reformulation. Il s’agit d’identifier puis d’approfondir les points d’achoppement pour faire émerger les différentes interprétations qui peuvent en résulter, afin de parvenir à une compréhension réciproque du fond et de la forme du désaccord. L’objectif à ce stade est de permettre à chaque partie d’exprimer les besoins de l’autre, ce qui est possible si chacun a pu exprimer librement l’étendue des croyances et valeurs expliquant sa vision propre de la situation.
  • La seconde étape va du présent au futur : à partir des besoins reconnus et compris de chacun, le médiateur va faire émerger, grâce notamment à l’utilisation des outils de communication non violente, toutes les pistes de solution possible pour aboutir à un accord acceptable, sur lequel toutes les parties vont pouvoir s’engager. La médiation a plus de chance d’aboutir si elle permet à chaque partie de faire des concessions réciproques et équilibrées. La clé de la réussite réside dans la capacité de chaque protagoniste à trouver le courage de rencontrer l’autre dans sa propre vérité. Pour ce faire, elles doivent être autorisées à “vider leur sac” et à exprimer leurs émotions. Tout tient souvent à un fil car il est fréquent que l’état de tension des parties, un décalage en matière de compétence entre elles ou encore le rapport des forces en présence rendent difficile à faire émerger l’équilibre pourtant nécessaire entre les concessions réciproques librement consenties.

L’énorme avantage de la médiation, par rapport au recours à la justice, est de permettre aux parties de devenir acteur de la résolution de leur différend, en leur donnant les moyens de trouver par elles-mêmes une issue pacifiée à leur conflit, ce qui est un gage de durabilité dans l’avenir de la solution qu’elles ont construite ensemble.